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Espace B

Lionel Vinche

peintures récentes

Exposition: du 7 au 22 octobre 2006 samedi et dimanche de 14 à 18h ou rendez-vous
 

Lionel Vinche, d’un bonheur à l’autre


« Entrez Mesdames et Messieurs, entrez, dévorez de vos yeux le spectacle « inouï » de l’univers de Lionel Vinche... »
Ici, s’arrête le bonimenteur car nul besoin de boniments pour convaincre.
Poète, chantre en couleurs, le peintre nous plonge sans avertissement dans un monde dont on ne sort pas indemne.
Nous y découvrons les tableaux ponctués de saynètes, histoires multiples nées de l’observation du quotidien, tels des pages de bandes dessinées mais qui n’obligent pas l’oeil à la linéarité. Notre sens de la vue est en alerte. Malgré l’alignement des images, il est autorisé à prendre la clé des champs. Notre regard prend le chemin des écoliers. Il ressemble à un moineau, dans le « jardin » du peintre, qui va de gauche, de droite, s'en revient, s’en repart, volette, prend son envol pour se poser un peu plus loin. Rien n’est figé, obligé. Les chemins se font, se défont. Se tisse alors, à notre insu, un réseau entrecroisé, tendu de part en part du tableau. Tension savourée goutte à goutte. Dans chaque « case » évolue tout un petit peuple où se croisent hommes, femmes, sirènes, chiens, lapins, pigeons,... objets quotidiens baignés dans leur milieu de vie : mer, plage, jardin, rue, ville, village,... placés face à leur attitude : attente, sommeil, rêve, regard, chant, ... Une mythologie toute personnelle qui habite le peintre autodidacte. Elle se construit de « célébrations du quotidien » : observations météorologiques, calendrier des heures, des jours, des mois, des années, environnement sonore,... Dans cette promenade luxuriante, il arrive souvent qu’au détour d’un sentier on y rencontre le « je » qui se place comme acteur au milieu de son univers poétique. Si on laisse le regard s’accrocher, le piège de cette toile se referme et on s’y laisse engloutir avec délectation. Bouffées d’émotions, de tendresse qui prend le regardeur. Il lui semble communier avec le coeur de l’artiste qui palpite au bout du pinceau.
Mais il y a également les oeuvres qui privilégient une « image ». Celles-ci donnent l’impression qu’un détail des précédentes est grossi à la loupe tel un zoom photographique. Des formes, des figures pas toujours définies émergent.
Une constante est la présence de l’écriture allusive qui accompagne, précise, oriente la lecture, renforce l’image. Lionel Vinche, dans ses actes poétiques, questionne, observe, énonce, parfois dénonce,... toujours avec douceur, humilité et implication personnelle. Qu’il utilise la toile où il applique l’acrylique ou qu’il utilise les pages de « l’Art Même » (qui deviennent repentir du peintre) pour y tracer au bic, d’un geste vif son sujet ; les préoccupations restent les mêmes. Infimes détails du quotidien qui telles des bulles d’oxygène prisonnières de la vase montent, montent doucement et éclatent à la lumière du jour. Cette lumière, qui vient des profondeurs, partout présente, éclaboussante même dans les oeuvres où les couleurs sont réduites et répétitives repoussant ainsi, les limites du tracé.
De sa petite enfance passée sur le pont des bateaux que manoeuvrait son père marinier, de ses voyages autour du monde engagé deux ans par la Compagnie Maritime Belge, le peintre a gardé les images, le roulis et le tangage. Ensuite comédien, durant quelques années, il choisit finalement d’autres « planches » pour notre plus grand bonheur.
Né à Antoing en 1936, il commence à peindre en 1961 et expose depuis 1963. Lionel Vinche a présenté son travail dans de grands musées et nombreuses galeries belges dont celle de Bernard Cats à Bruxelles avec laquelle il travailla de 1987 à sa fermeture et qui lui consacra plusieurs catalogues. Ses oeuvres ont également été régulièrement accrochées hors de nos frontières : Italie, Allemagne, Argentine, Luxembourg, Suisse, Pays-Bas, Congo, France et présentées dans les foires d’art belges et étrangères. Elles font partie de nombreuses collections privées et publiques (Communauté Française, Province du Hainaut,...)
Outre sa peinture, il réalisa des fresques murales, des décors pour le théâtre, il s’adonna aussi à la gravure. Insatiable, il aime aussi peindre sur des supports inattendus : emballage, morceau de bois, boîte, cerf-volant,... Sensible à la poésie, il l’a illustrée pour ses amis André Balthazar, Eddy Devolder et pour des éditeurs (La Pierre d’Alun, le Daily-Bull,...). Ses oeuvres ont, elles aussi, tendu la main à la prose (Max Loreau, Jean-Pierre Verheggen,...)

Cette exposition permet de découvrir ou redécouvrir un travail à nul autre comparable, qui ne s’apparente à aucun courant, aucune école mais qui va libre comme le souffle qui l’anime.

Chantal Bauwens
Glabais, août 2006

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